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InterNICHE Co-ordinator
Nick Jukes
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L'impact plus large de l'enseignement éthique |
Introduction
La plupart des enseignants qui ont travaillé à la conception et à la mise en œuvre de méthodes alternatives dans les programmes de cours l'ont fait principalement pour les avantages qu'elles présentent sur le plan pédagogique, comme expliqué dans le chapitre précédent et dans la Partie B - Etudes de cas. Les impacts positifs, que ce soit au point de vue éthique, social ou économique, de ces nouvelles méthodes d'enseignement ont aussi influé sur le processus de prise de décision de certains concepteurs de programmes de cours. Les nombreux bénéfices inhérents à un changement de programme ayant pour but d'enseigner les sciences de la vie de façon éthique sont décrits dans ce chapitre. La prise de conscience de ces impacts ainsi que des problèmes créés par une utilisation de méthodes préjudiciables pour les animaux permet de voir clairement les avantages liés aux solutions alternatives. Cette même prise de conscience peut être intégrée directement au niveau de la conception du programme. La qualité du programme élaboré a une influence directe sur l'expérience d'apprentissage pour l'étudiant et elle dépend non seulement de l'efficacité à atteindre les principaux objectifs, mais aussi de l'impact positif créé au-delà des salles de cours.
La philosophie des sciences de la vie
Respect de la vie
L'engagement du médecin à guérir et l'impératif Primum non nocere (avant tout ne pas faire de mal) ont été à la base de la philosophie de la médecine humaine. Une utilisation d'animaux qui leur est préjudiciable est donc forcément contraire aux principes fondamentaux de la médecine : la pratique courante qui consiste à infliger des souffrances aux animaux et à les tuer pour les besoins de la dissection et de l'expérimentation, que ce soit pour l'enseignement de la médecine humaine ou vétérinaire, apprend aux étudiants que le non-respect de la vie et la violation de l'intégrité d'un individu sont des pratiques acceptables. Si le médecin peut parfois être amené à faire mal pour guérir, ce n'est pas du tout le cas lorsqu'il s'agit de former de futurs professionnels en utilisant des animaux auxquels on inflige des souffrances.
De telles pratiques sont également contraires à ce que nous dicte notre intuition, dans le cas de l'étude de la biologie, on en arrive à une situation où l'étude de la vie, ou biologie, devient à bien des égards de la nécrologie. Le fait de travailler sur des cadavres d'animaux obtenus par une mise à mort et la pratique de méthodes invasives ont pour effet d'enseigner qu'il n'est pas nécessaire de respecter la vie ni d'y être sensible, mais plutôt que les animaux sont là pour être utilisés comme objets d'expérience ou pour être tués et découpés au bistouri.
On cause de la souffrance à un animal chaque fois qu'il y a atteinte à son bien-être, et ce, de quelque façon que ce soit (voir Appendice). La capture, le transport et l'enfermement des animaux leur causent de la souffrance car toutes ces actions empêchent l'animal d'exprimer son comportement naturel et ne lui permettent pas de s'intégrer à une structure sociale ou à un écosystème. Les expériences en elles-mêmes peuvent entraîner douleur, peur ou souffrance et la mise à mort est un dommage majeur irréversible, avec le déni de vie qu'elle représente.
Le fait de renouer avec la vie et la guérison, par le biais de méthodes alternatives telles que l'auto-expérimentation entre étudiants, le travail non préjudiciable sur des patients animaux et les logiciels interactifs qui reproduisent les fonctions vitales, apportera beaucoup à l'enseignement des sciences de la vie et aura un impact positif sur les patients humains et les animaux ainsi que sur la vie elle-même.
La pensée critique
La pensée critique fait référence au processus qui consiste à poser des questions de manière rigoureuse et à y apporter des solutions appropriées. Les adeptes de la pensée critique font preuve d'un scepticisme sain pour évaluer l'information, remettre en cause les croyances et les pratiques, afin de faire face de façon créative aux défis intellectuels et pratiques, d'élaborer et d'évaluer des arguments, et d'appliquer la connaissance intelligemment. Ces compétences sont nécessaires à la véritable pensée scientifique : la méthode scientifique elle-même n'est rien d'autre que la formalisation de la pensée critique.
L'aptitude à réfléchir de façon critique s'apprend en s'exerçant, avec l'aide des professeurs ; on ne peut l'acquérir dans l'abstrait. Si un professeur en sciences de la vie arrive à enseigner, avec succès, la méthode scientifique à ses étudiants, il aura alors réussi à les faire réfléchir de façon critique. Des questions telles que " Pourquoi est-ce ainsi ? " et " Comment le sait-on ? " reviennent régulièrement. Il ne faut pas survoler le problème, il faut creuser, réfléchir plus profondément et identifier les hypothèses cachées. Les étudiants devraient ainsi arriver à prendre conscience de leur propre processus de pensée et de leur potentiel intellectuel et par la suite les développer ; l'autonomie est vivement encouragée. Apprendre comment penser est différent d'apprendre ce qu'il faut penser. Au départ, il faudra sans doute motiver les étudiants pour surmonter leur paresse intellectuelle afin qu'ils puissent s'engager dans un vrai processus de pensée ; mais c'est un processus très enrichissant et ce qu'ils auront appris leur servira tout au long de leur vie et aura un impact social certain. La pensée critique ne s'arrête pas le jour où ils quittent l'université ou lors de l'obtention de leur diplôme.
Les expériences conventionnelles sur animaux ne requièrent que peu de réflexion critique : en général, les étudiants ne font que suivre à la lettre les instructions du professeur pour arriver à un résultat attendu. La vraie expérimentation, qui fait appel à la méthode scientifique, n'est souvent pas disponible pour les étudiants, ou n'est guère encouragée, car il n'y a pas de réelle implication des établissements et cela est aussi dû à des contraintes éthiques, pratiques, financières et de temps, inhérentes aux laboratoires d'animaux. Des alternatives telles que les travaux en laboratoire virtuel permettent aux étudiants d'utiliser leurs capacités de réflexion critique, d'analyser les problèmes, de les résoudre et d'apprendre comment utiliser leurs connaissances sans ces contraintes. Ils peuvent réaliser leurs expériences en toute liberté et aussi apprendre la matière enseignée en même temps que la méthode scientifique s'y référant. Comme ils gèrent mieux les travaux pratiques en y travaillant seuls ou en groupe, ils sont capables de répéter les expériences et de discuter des problèmes jusqu'à ce qu'ils soient sûrs d'avoir acquis le niveau de compréhension et de maîtrise requis.
L'utilisation de simulations pour créer des scénarios de cas cliniques, tels que le logiciel de maîtrise de l'anesthésie ou des mannequins très sophistiqués conçus pour former les étudiants aux soins d'urgence, peut préparer ceux-ci à penser et à agir rapidement, avant de se trouver confrontés à des situations réelles avec des patients humains ou des animaux. Ces simulations sont beaucoup plus réalistes que des expériences sur animaux programmées comme des recettes de cuisine, parce qu'elles visent à gérer des situations réelles et elles permettent d'explorer tout un éventail de scénarios possibles. Le travail clinique en lui-même, en tant que méthode alternative, met également les étudiants face à des situations réelles qui les obligent à développer leurs capacités à réfléchir de façon critique et à trouver des solutions aux problèmes posés. D'autres alternatives aux laboratoires utilisant des animaux, tels les travaux pratiques sur des projets de recherche(cf. Scroop dans cet ouvrage), permettent aux étudiants d'utiliser la méthode scientifique et d'affiner leurs capacités de réflexion sur des projets qui ont vu le jour à partir de méthodologies de recherche.
Développement du sens éthique et du potentiel émotionnel
Les valeurs et pratiques culturelles telles que la sensibilité, le respect, l'empathie, la compassion et l'amour ont un rôle essentiel pour le maintien de la cohésion sociale. Elles aident à tirer le comportement de l'homme et les normes sociales vers le haut afin de lutter contre le manque d'intérêt pour les autres, la dureté et la division sociale, les préjugés et l'exploitation. Ces éléments sont l'aspect d'un déséquilibre psychologique et d'un déclin culturel qui ont une influence négative et, souvent, font du mal tant aux autres humains qu'aux animaux avec lesquels nous partageons notre environnement social et naturel. Les travaux pratiques en sciences de la vie qui consistent à faire du mal, comme tuer ou faire des expérimentations, ne sont en fait rien d'autre que des actes de violence, dès lors qu'ils ne sont pas nécessaires pour assurer le bien-être de l'animal. Néanmoins, il faut considérer que certaines décisions difficiles peuvent être prises pour assurer le bien-être, comme lorsqu'on pratique une intervention chirurgicale sur un patient ou quand on décide de pratiquer l'euthanasie sur un animal qui souffre et qui a été diagnostiqué comme atteint d'une maladie incurable. Dans la situation actuelle, avec toutes les tueries et souffrances auxquelles nous sommes confrontés, l'utilisation de méthodes préjudiciables pour les animaux pourrait être considérée comme le reflet de la barbarie humaine qui entrave l'évolution culturelle de la civilisation.
Sensibilité
La sensibilité subit de plein fouet les dégâts causés par l'enseignement des sciences de la vie lorsque l'utilisation de méthodes préjudiciables pour les animaux devient une pratique courante et acceptée. Au lieu de mettre en valeur et d'encourager cette qualité positive, nombreux sont les professeurs qui la tournent en dérision, l'ignorent ou l'anéantissent sciemment ou non. Les expériences et la dissection sur les animaux désensibilisent l'étudiant du fait de la violation de ses propres valeurs morales et de l'intégrité des droits de l'animal. Ces procédures ont donc un effet négatif sur le respect, l'empathie et la compassion qu' il a pour les autres.
La sensibilité est une qualité importante. Elle nous permet de percevoir les signaux émis par les autres et par l'environnement, et de communiquer avec notre entourage. Elle est primordiale pour comprendre les autres et connaître les limites à ne pas dépasser afin de respecter l'intégrité et les droits d'autrui. La sensibilité s'avère également nécessaire pour l'exploration positive de l'interaction entre les personnes et les espèces. Grâce à elle, nous pouvons reconnaître, en faisant appel aux notions d'éthique, certains dépassements des limites acceptables et ainsi les juguler.
La désensibilisation est un processus qui se développe au fur et à mesure que les étudiants (et les professeurs) s'habituent à voir souffrir des animaux et à leur causer des souffrances. Un grand nombre d'entre eux en arrivent à un stade où ils ne sont plus conscients de cette perte de sensibilité et où cette absence devient tout à fait normale. Une telle perte est toutefois handicapante du point de vue émotionnel et elle a un effet très négatif sur la nature des relations entretenues par une personne avec autrui et avec d'autres espèces, tout comme sur sa santé psychologique.
Les objections faites à l'utilisation de méthodes préjudiciables pour les animaux sont souvent rejetées, car considérées comme étant une " réaction de sensiblerie ". L'usage de ce terme péjoratif insinue que les étudiants ne sont pas capables de faire face à la dure réalité des sciences de la vie - l'utilisation d'un bistouri, la vue du sang, etc. Ils sont " trop sensibles ", " pas objectifs ", " trop efféminés ", " pas assez mâles ", or l'objection de conscience dans les études supérieures vient, la plupart du temps, d'un désaccord de nature éthique quant à la mise à mort et l'utilisation d'animaux en bonne santé et d'une demande de la part des étudiants d'avoir accès à des outils pédagogiques qui leur apportent plus que ne le font les méthodes préjudiciables pour les animaux. Les étudiants vétérinaires sont nombreux à objecter, bien que leur choix de carrière consiste à s'occuper d'animaux qui souffrent, à soigner des blessures et à opérer lorsque cela s'avère nécessaire. Les objecteurs sont prêts à " se battre contre les idées reçues " en faisant face aux problèmes d'éthique plutôt que de les éviter.
Tous les étudiants, en particulier les adolescents, réfléchissent à la dimension morale de leur univers et essaient de comprendre les concepts de liberté, de limites et de responsabilités individuelles. Certaines expériences, qui sont à la fois nouvelles et difficiles à appréhender pour eux, peuvent provoquer un rejet de leur part et les amener à prendre leurs distances jusqu'à ce qu'ils en aient une meilleure compréhension. Une certaine " sensibilité " fait partie du développement personnel, moral et émotionnel, et elle devrait être reconnue comme étant nécessaire au processus de réflexion et à l'évolution du sentiment d'identité. Néanmoins, certains étudiants souffrent de traumatismes associés à une menace contre leur intégrité émotionnelle ou éthique lorsqu'ils assistent ou participent à une utilisation des animaux leur causant des souffrances. Un repli sur soi-même, une totale dissociation et la fuite sont des réactions courantes à ce genre de traumatisme. Si l'on continue à utiliser systématiquement des méthodes préjudiciables pour les animaux, si l'on refuse de reconnaître l'existence d'un problème d'éthique et si l'étudiant ne dispose d'aucune aide pour gérer son traumatisme, les séquelles dues à des souvenirs pénibles et à un sentiment de culpabilité peuvent durer des années (cf. Makarchuk, dans cet ouvrage).
On dit souvent que la désensibilisation est un mal nécessaire qui aide les étudiants à apprendre à gérer émotionnellement des situations auxquelles ils seront confrontés au cours de leurs études et pendant leur vie professionnelle : comment un étudiant vétérinaire peut-il apprendre à faire sa première incision sur un animal, faire des euthanasies sur un animal atteint d'une maladie incurable ou, même, arriver à penser de façon objective, s'il n'a pas réussi à se dissocier de ses sentiments et s'il ne s'est pas endurci face à la souffrance ?
La réponse est qu'en prônant la sensibilité, en examinant les réactions émotionnelles dans des situations réelles ou hypothétiques, en encourageant des discussions sur le thème de l'éthique, on peut apporter aux étudiants les capacités psychologiques et la force de pouvoir faire face dans la majorité des cas. Une sensibilité préservée permet d'être plus conscient des scénarios ou des solutions éventuelles lors d'une situation de crise. En revanche, la perte de sensibilité peut nuire à la capacité de réagir et d'avoir le bon jugement - par exemple, pour diminuer la souffrance. Cet apprentissage ou cette intelligence émotionnels évitent d'occulter le problème et permettent, au contraire, à l'étudiant ou au professionnel d'intégrer les émotions très complexes ressenties dans le cadre de leur travail. Un médecin qui n'a pas réussi à sauver la vie de son patient en souffrira personnellement s'il refuse de faire face à la situation comme il se doit, et le fait de banaliser les sentiments risque d'affecter son travail dans l'avenir. Un ambulancier du service des urgences doit savoir réfléchir et agir rapidement, il doit être sensible aux souffrances et savoir dispenser les soins et le traitement appropriés. L'insensibilité et une approche désinvolte ne sont ni souhaitables, ni acceptables.
Il se peut que, par le passé, on ait voulu encourager la désensibilisation, nier les sentiments et adopter une attitude de bravade, mais ces techniques n'ont rien donné. De plus, cette dualité entre l'émotion et la raison est un construct ou une théorie sociale; ce ne sont pas les émotions qui font obstacle à l'objectivité, mais un manque de pensée critique et de vision globale de la situation. Ce refus des émotions et le discrédit jeté sur les capacités et les qualités émotionnelles peuvent contribuer à un manque de prise de conscience de soi qui peut aussi avoir un impact négatif sur l'objectivité (après tout, derrière toute affirmation d'objectivité il y a un individu). Plus on est en contact avec des êtres sensibles - animaux ou humains - plus il faut avoir de la sensibilité et se sensibiliser. Avoir le cœur et l'esprit bien développés est certainement une condition préalable à tout travail médical ou vétérinaire, voire pour toutes les professions.
Dans des situations pénibles inévitables, telles que des catastrophes, où la pleine conscience de la souffrance peut devenir accablante, le fait d'être en situation de refus et d'être " désensibilisé " peuvent aider une personne à survivre au plan émotionnel. S'il s'agit de victimes, cela peut contribuer à leur survie physique, à moins que cela ne limite leur perception du danger et de la nécessité d'agir rapidement. Cependant, ces exemples de " désensibilisation " ne sont que des solutions auto-imposées et temporaires et les victimes pourront bénéficier ultérieurement de l'assistance d'un spécialiste qui les aidera à assumer les expériences vécues. Des phobies ou une hypersensibilité envers des animaux ou activités particulières sont aussi des situations atypiques dans lesquelles une méthode de désensibilisation ciblée peut aider les gens. Utiliser des méthodes préjudiciables pour les animaux comme moyen de désensibilisation est tout autre chose : c'est un processus imposé qui ne doit, en aucun cas, être nécessaire à l'enseignement des sciences de la vie.
Empathie et compassion
Il ne suffit pas d'avoir de la sensibilité pour assurer une interaction positive entre les personnes et les espèces ou pour être un meilleur scientifique; la sensibilité peut même devenir un moyen de faire encore plus de mal à autrui. Mais, si on associe la sensibilité au respect des autres, à ce moment-là, elle entraîne l'empathie - la prise de conscience et l'identification des sentiments d'autrui et de son vécu. Une condition préalable à l'empathie est de pouvoir, soi-même, être conscient de ses propres émotions et les identifier. Le rationalisme scientifique, la " maturité " et le monde masculinisé ont écarté les émotions et nié leur importance, de sorte que cette prise de conscience consiste souvent à retrouver progressivement son moi émotionnel.
Développer une sensibilité envers les étudiants et avoir de l'empathie pour eux auront pour conséquence qu'il ne sera plus éthiquement acceptable de les forcer ou de nier leurs expériences et leurs valeurs. Ces même qualités appliquées aux animaux, exigeront que l'on arrête de nier leur intégrité et leur capacité de souffrir en cessant d'en faire des objets, de leur faire du mal ou de les tuer. Comprendre cela, comprendre que nous avons tous la capacité de souffrir, permet de ressentir de la compassion. S'il nous est possible d'agir pour éviter de faire souffrir et, même mieux, apporter du bien-être, nous nous devons de le faire. La motivation pour agir ainsi trouve sa source dans sa propre conscience, associée à l'intelligence émotionnelle et à la connaissance de soi-même et de ses propres responsabilités.
Nier qu'un problème éthique existe ou refuser de reconnaître les souffrances infligées aux autres, est la preuve même d'un manque de conscience. Cela peut provenir d'une insensibilité, d'un manque d'empathie et des défenses élaborées que nous nous érigeons pour nous protéger de sentiments que nous avons soit enfouis, soit perdus. Rationaliser la souffrance animale, la défendre par la doctrine ou en recourant à des arguments dénués d'émotion et de sentiment sont des stratégies typiques de fuite.
L'histoire nous apprend que dans des cas extrêmes, le manque d'empathie peut avoir des conséquences désastreuses. Pendant la deuxième guerre mondiale, des groupes entiers de gens ont été déshumanisés : on les a transformés en objets et traités comme de la " vermine " en Allemagne, comme des " bûches " au Japon et comme l'" ennemi " partout ailleurs. Il n'y avait plus aucun respect ni aucune empathie, la violence faisait rage. L'enseignement médical fut utilisé pour faire progresser les idéologies fascistes et racistes ; des scientifiques très respectés procédaient à des expérimentations humaines, torturant et tuant. Plus récemment, on a découvert que Harold Shipman, un médecin exerçant sa profession en Grande-Bretagne, était en fait un tueur en série ayant assassiné environ 300 patients. Ce qui est important, c'est qu'on l'a décrit comme quelqu'un qui avait un " détachement clinique ", qui était incapable de " ressentir de l'empathie ", ne reconnaissant aucune valeur à autrui. Il aimait " dominer les autres " et semblait n'avoir ni conscience, ni compassion.1,2
Nombreux sont ceux qui pensent qu'aspirer à atteindre un " détachement clinique " est une bonne chose. Les animaux sont couramment considérés comme des objets, comme des outils jetables sans valeur intrinsèque. Il est vrai que beaucoup de gens essaient de compartimenter leur vie et leur sens de l'éthique, mais l'un n'existe pas sans l'autre : le manque de respect et d'empathie dans un laboratoire ne disparaissent pas lorsque l'on en franchit la porte. Le fait d'utiliser des animaux auxquels on fait du mal pour l'enseignement des sciences de la vie contribue à créer un environnement où des formes extrêmes comme celles que nous venons de décrire sont susceptibles d'apparaître. Cela explique aussi le problème des praticiens qui ne voient que la maladie et oublient le malade, ainsi que celui de l'utilisation de centaines de millions d'animaux pour la recherche et les essais, en dépit de l'existence de méthodes alternatives. Pourquoi contribuer à perpétuer ces problèmes en soutenant les pratiques douloureuses utilisées en laboratoire, un lieu où il est non seulement possible, mais aussi urgent, d'enseigner le respect de la vie ?
Beauté de la nature, passion et amour de la vie
En total contraste avec ce qui vient d'être décrit, il y a la Beauté de la nature, la passion et l'amour de la vie. Pour certains scientifiques, c'est la beauté de la méthode scientifique, la planification et l'exécution de l'expérience qui les attirent vers la recherche. Un cours bien conçu pour les étudiants, où tous les éléments s'imbriquent selon une synergie pour former un tout très performant, est aussi une œuvre d'art, comme le sont quelques uns de nos meilleurs outils pédagogiques. Certains enseignants arrivent à insuffler à leurs étudiants fascination et émerveillement face à la complexité et à la beauté de la nature, des animaux et du corps humain ; ils ont la passion d'enseigner, d'apprendre et ils aiment la vie.
Potentiel éthique
Le potentiel éthique est la capacité à comprendre les concepts et les principes de la pensée morale, à avoir une réflexion critique par rapport aux critères de moralité, et à appliquer cette capacité dans sa vie personnelle et professionnelle. Il implique à la fois les facultés cognitives et les facultés émotionnelles. Si une personne arrive à penser de façon logique, elle pourra comprendre comment tout est interconnecté et elle appréhendera ainsi les conséquences d'une activité. La sensibilité, le respect et l'empathie permettent de comprendre les liens entre les personnes et les espèces, y compris la nature des relations, la compréhension de l'impact des activités et des limites à ne pas dépasser. Ces émotions démontrent aussi la présence d'un potentiel émotionnel inhérent à la prise de conscience qui est nécessaire si l'on veut assumer la responsabilité de ses actes - c'est une partie essentielle du potentiel éthique.
Le potentiel éthique contribue au développement de soi : évolution et épanouissement de l'étudiant vis-à-vis de ses valeurs, de son intégrité, de son implication au sein de la société, au niveau local et mondial, de sa compétence et de son engagement éthique au cours de sa carrière. Cette évolution personnelle inclut la compréhension de l'impact des normes éthiques personnelles et collectives sur la société ainsi que du rôle du potentiel éthique pour assurer une évolution progressive de cette même société.
Etre capable de reconnaître qu'il y a un problème d'éthique et pouvoir y réfléchir de façon critique sont des qualités qui sont depuis longtemps reconnues comme nécessaires pour les membres de la profession médicale ou vétérinaire. Quand on est face à un patient, il faut posséder ce potentiel éthique qui guide le professionnel dans son travail quotidien et qui lui est d'un grand secours lorsqu'il se trouve confronté à des situations difficiles. Les importantes avancées de la technologie soulèvent des questions nouvelles et complexes qui nécessitent d'avoir un potentiel éthique pour y répondre. Il est clair que ce potentiel est actuellement insuffisant au sein des différentes professions, des institutions législatives et réglementaires, ou du grand public, pour arriver à gérer de façon efficace nombre de ces questions. On considère trop souvent que la science, tout comme d'autres disciplines, se situe dans une sorte de vide éthique, mais on peut voir les conséquences de cette pensée illusoire dans les problèmes qui nous entourent. Le débat sur l'éthique doit être au cœur de toute discussion traitant de stratégie ou de mise en oeuvre. L'éthique n'est pas quelque chose que l'on doit rajouter en fin de programme ou après avoir déterminé une politique, ce n'est pas un élément isolé de la réalité.
La discussion éthique sera généralement engagée par des enseignants et des étudiants qui pensent de façon critique, y compris ceux qui ont œuvré pour introduire des méthodes alternatives. C'est le genre de discussion que l'on évite lorsque des animaux sont utilisés à leur détriment dans un programme. Le fait d'éviter la discussion montre bien qu'on veut nier l'existence d'un problème éthique et met également en évidence l'absence d'évaluation critique de l'information disponible sur l'utilisation des animaux et sur les solutions alternatives. Si l'on désire réellement encourager le potentiel éthique, il faut que les enseignants et les étudiants soient capables non seulement de se remettre en question, mais de remettre également en question leurs opinions et leur façon de fonctionner. S'ils n'y sont pas disposés, c'est alors la nature même de la science qui est trahie. La tendance générale consistant à éviter de discuter d'éthique en ce qui concerne l'utilisation de méthodes préjudiciables pour les animaux et les méthodes alternatives dans le contexte des sciences de la vie est déjà, en soi, une leçon d'éthique, à savoir : les préoccupations éthiques n'ont pas d'importance. La partie cachée du cursus enseigne en fait que la vie ne vaut pas cher, et que les animaux peuvent être considérés comme du matériel jetable.
Se pencher sur ces problèmes présente de nombreux avantages. Les enseignants peuvent démontrer leur courage émotionnel et intellectuel, en acceptant de faire face à des sujets difficiles. Il est prouvé qu'il est préférable de discuter des questions éthiques de façon ouverte et responsable que de les éluder. Cela permet d'illustrer le processus de résolution de conflit et de voir comment arriver à trouver une solution dont tout le monde sort gagnant - et ce d'autant plus lorsque le corps étudiant est reconnu comme étant un acteur indispensable à la prise de décisions sur des problèmes éthiques au sein du cours.
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