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InterNICHE Co-ordinator
Nick Jukes
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| L'impact plus large de l'enseignement éthique |
Vision écologique du monde et responsabilité sociale
Il est essentiel de bien comprendre les multiples impacts négatifs de l'utilisation de méthodes préjudiciables pour les animaux pour arriver à développer (ou à retrouver) une conscience plus profonde, écologique ou holistique, de l'interconnexion et à assumer la responsabilité de ses actions. La relation entre une politique ou le choix d'un outil d'apprentissage pédagogique d'une part et son impact pédagogique, social et environnemental, de l'autre, devient plus évidente au fur et à mesure que se fait cette prise de conscience. Il devient alors très difficile de nier l'interconnexion.
Le fait de se considérer comme un membre de la communauté mondiale - laquelle comprend les hommes et les animaux - est tout à la fois effrayant et rassurant. Effrayant, car cela nous oblige à prendre conscience de l'impact, bien souvent négatif, que nous pouvons avoir sur le monde, des responsabilités que nous avons les uns envers les autres ainsi que de l'ampleur de la tâche qui nous attend. Rassurant, en revanche, car nous voyons de mieux en mieux où et comment mettre fin à ces impacts négatifs et comment les remplacer par des actions et des attitudes positives. Toute décision et toute action a des effets multiples ; il faut faire des choix éthiques et organiser des structures afin de maximiser le potentiel du " bon " et minimiser le potentiel du " mauvais ". L'engagement individuel et collectif d'effectuer progressivement un vrai changement social par un choix éthique est le signe d'une culture évoluée.
Dans cette optique, il faut, tout en ayant une bonne vision de l'ensemble, se concentrer sur certains détails spécifiques et pouvoir aisément passer de l'un à l'autre. La science réductionniste a du mal à accepter ce concept : elle préfère nier le " tout " au profit des parties. Il est donc courant de rencontrer un refus de ces connexions (par exemple, l'impact négatif de l'utilisation de méthodes préjudiciables pour les animaux) et même un refus de reconnaître la réalité d'éventuels problèmes éthiques (comme le fait de reconnaître que l'utilisation de méthodes préjudiciables pour les animaux pose un problème).
A l'inverse, les programmes de cours bien conçus font appel à divers éléments d'origines différentes pour créer un " tout " qui ait un sens. Quand on travaille à la conception d'un programme, il faut avoir conscience des détails aussi bien que de l'ensemble. Il faut vouloir aider les étudiants à apprendre de façon efficace, concevoir des combinaisons de méthodes alternatives qui assureront efficacement cet apprentissage et également prendre conscience des nombreux avantages offerts par ces alternatives. La personne ayant rempli toutes ces conditions aura alors une vision écologique du monde.
Il faut la même prise de conscience pour créer des structures réellement viables. Si l'on met en place les liens nécessaires entre les éléments composant un système, ce système deviendra autonome pour des besoins éventuels. Par exemple, un programme de dons du corps peut servir de lien entre les besoins en anatomie vétérinaire et en formation de chirurgie (cadavres de provenance éthiquement acceptable) et les ressources existantes (animaux euthanasiés dans des cliniques d'écoles vétérinaires ou dans des cabinets vétérinaires privés). La qualité de ce lien peut être encore améliorée et sa viabilité augmentée par, entre autres, la mise en place d'un service de soutien aux propriétaires d'animaux et l'organisation d'un système de stockage efficace. Il n'est pas acceptable d'aller rechercher des fonds afin d'acheter des animaux en bonne santé pour répondre aux besoins. En effet, dans les pays où le financement n'est plus centralisé, il y a parfois un manque d'animaux pour l'enseignement. Des méthodes alternatives, associées à une sensibilisation écologique, peuvent tout à fait apporter des solutions éthiquement acceptables qui contribueront, par ailleurs, au développement durable.
L'éthique et le pouvoir
L'histoire du mouvement humanitaire illustre l'interconnexion qui existe entre les mouvements sociaux et les différentes formes de préjugés et d'exploitation. Vers la fin du XIXe siècle, en Grande Bretagne, des réformateurs se sont battus pour la reconnaissance des droits de l'enfant et pour la protection des animaux. Des féministes ont lutté pour promouvoir le végétarisme et obtenir des réformes pour le bien-être des animaux. Déjà avant tout ceci, on s'était penché sur les similitudes existant entre le droit à la liberté pour les animaux et les campagnes contre l'esclavagisme. Beaucoup d'associations, qui travaillent aujourd'hui à l'éducation des enfants au plan humanitaire, admettent clairement que cultiver les qualités humaines, encourager la réflexion critique et la prise de responsabilité personnelle ont de multiples avantages qui rejaillissent sur les personnes, les animaux et la société de façon générale. Quand il s'agit de l'enseignement supérieur des sciences de la vie, l'éducation éthique traite des mêmes sujets, mais va plus loin dans l'analyse et l'un des objectifs de cette éducation est de permettre à celui qui étudie de trouver dans l'enseignement les moyens d'acquérir les connaissances et les capacités requises d'une façon qui soit plus humaine pour les animaux et pour lui-même.
L'utilisation de méthodes préjudiciables pour les animaux est en fait une forme d'exploitation. Si l'on compare l'exploitation des animaux dans la société avec la violence familiale, le sexisme, le racisme et l'impérialisme, on voit bien que les auteurs de ces actions utilisent les mêmes arguments pour se justifier, les mêmes dynamiques, stratégies et outils pour atteindre leur but commun qui est la domination. Ils se soutiennent mutuellement et le fait de remettre en question l'une de ces formes d'exploitation aura donc forcément un impact sur les autres. C'est ainsi que le remplacement, dans l'enseignement, des méthodes préjudiciables pour les animaux, n'est qu'une partie d'une plus large remise en question, aux facettes multiples, de l'utilisation éthiquement inacceptable du pouvoir sur les autres. Lorsque l'on envisage l'éventuelle association des différents mouvements militants et de leurs campagnes, il est évident que le potentiel d'un changement radical s'en trouve démultiplié.
Ce n'est pas parce que les enseignants et les étudiants renoncent au " privilège " de pouvoir faire des expériences sur des animaux, qu'ils en sortent perdants. Lorsque l'on renonce à un privilège quel qu'il soit ou lorsque l'on arrête d'exploiter autrui (homme ou animal), on obtient un effet libérateur, aussi bien pour celui qui était exploité que pour celui qui exploitait. En faisant disparaître la relation basée sur un pouvoir hiérarchique, on revient à une communauté diversifiée, composée d'individus égaux entre eux, et on recouvre un petit peu d'humanité. Un tel changement laisse entrevoir tout un tas de nouvelles opportunités, y compris le développement de relations positives entre les espèces et l'application d'un multiculturalisme véritable qui s'étendrait à toutes les formes de vie.
Accessibilité et libertés civiques
L'accès à l'enseignement supérieur est un élément qui aide à définir le niveau d'inclusion sociale et il a, par conséquent, un impact sur les droits civiques. De plus en plus, les gouvernements déclarent que tout le monde doit avoir accès à l'enseignement supérieur et des politiques en ce sens ont été mises en place. Il manque, cependant, un réel engagement et il existe toujours des barrières qui empêchent une totale accessibilité. L'utilisation de méthodes préjudiciables pour les animaux freine cet accès et freine l'acceptation de la diversité dans l'éducation par une discrimination contre les femmes, les personnes de certaines confessions religieuses et approches spirituelles, mais aussi contre des hommes et des femmes sensibles qui respectent une certaine éthique et qui font preuve de pensée critique.
Les femmes sont sous-représentées dans les facultés des sciences et des sciences de la vie. Les raisons à cela sont multiples et complexes, mais le manque de confiance de certaines femmes en leur capacités, les valeurs machistes stéréotypées qui dominent et la discrimination qui existe sur les lieux de travail sont des facteurs qui jouent un rôle important. L'utilisation de méthodes préjudiciables pour les animaux contribue aussi à exclure les femmes de l'enseignement et, par conséquent, de certaines professions : des rapports et comptes-rendus anecdotiques, venant des Etats-Unis, suggèrent que les objections à ce genre d'utilisation des animaux auraient tendance à venir plus des femmes que des hommes2, mais cela varie d'un pays et d'une situation à l'autre. Beaucoup de femmes, et certains hommes également, ont décidé de ne pas étudier les sciences de la vie, justement parce qu'ils n'étaient pas du tout prêts à transiger avec leurs valeurs morales ou à aller à l'encontre de leur sensibilité en étant impliqués dans des expériences sur des animaux. Nier la pertinence ou la valeur de la dimension émotionnelle dans les sciences de la vie est un facteur qui va forcément entraîner l'exclusion de certaines personnes.
Ceci pose le problème d'accès à l'enseignement pour ces étudiants-objecteurs qui ne pourront donc ni faire d'études dans le domaine des sciences ni espérer avoir une carrière scientifique. De plus, la science ne pourra pas bénéficier de l'apport de leurs compétences et de leur sensibilité. Pour ceux qui sont déjà en faculté de sciences, les pénalités académiques ou psychologiques qui découlent souvent de leurs objections peuvent très bien être des obstacles à leur progression ou, encore, ces étudiants peuvent être obligés de changer de voie professionnelle, si des méthodes alternatives ne sont pas disponibles.
Si l'utilisation de méthodes préjudiciables pour les animaux devient la norme dans l'enseignement, certains étudiants se sentiront discriminés, dès lors que cette utilisation sera contraire à leurs croyances religieuses. Par exemple, la compassion et le respect de la vie sont des principes fondamentaux du Jaïnisme. Au XXe siècle, l'un des chefs spirituels des Jaïns leur a conseillé de ne pas étudier la médecine à cause de la vivisection et de la dissection qui étaient obligatoires dans certains pays, à cette époque, dans le cadre de cet enseignement.4 La plupart des autres religions ont, dans leurs enseignements, des valeurs morales bien établies, quoique leur application dans le monde d'aujourd'hui laisse à désirer. L'accès pour tous et le pluriculturalisme sont limités par la discrimination contre ceux pour qui le respect de la vie fait partie de leurs convictions morales ou de leurs pratiques religieuses et spirituelles.
L'utilisation de logiciels multimédias et du web pour assurer la formation peut faciliter l'accès des personnes à mobilité réduite, de ceux qui ont des besoins spécifiques et de ceux qui veulent suivre un enseignement à distance. De nombreuses alternatives sont désormais très bien adaptées à ces supports. Des programmes, conçus avec toute une gamme d'outils de qualité et des approches correspondant aux objectifs, permettent d'adapter plus encore l'enseignement des sciences de la vie aux types d'apprentissage qui diffèrent selon les étudiants. En offrant une formation de qualité basée sur l'éthique, ce genre d'enseignement devient beaucoup plus attrayant.
Dans beaucoup de cas, les étudiants n'ont pas le choix de décider s'ils veulent ou non participer à l'utilisation de méthodes préjudiciables pour les animaux lors de leurs travaux pratiques. Il y a de plus en plus de politiques reconnaissant la liberté de choix pour l'étudiant, mises en place par les différents Etats et dans certains établissements, mais il n'en demeure pas moins que dans d'autres lieux, les étudiants n'ont pas le droit formel d'émettre des objections et aucune alternative n'est mise à leur disposition. Les étudiants qui ne sont pas d'accord avec l'utilisation de méthodes préjudiciables pour les animaux peuvent être victimes de discrimination et avoir le sentiment d'une violation de leur liberté de conscience. Certains d'entre eux décident de quitter le cours ou changent de voie, mais d'autres sont encouragés ou forcés - par la menace ou l'imposition de sanctions académiques et psychologiques - à faire des dissections et des expériences sur des animaux.
Tous les étudiants ont le droit moral de ne pas participer à des méthodes préjudiciables pour les animaux et d'avoir accès à des méthodes alternatives. Les directives et conventions internationales, les lois nationales, les amendements aux constitutions ainsi que des réglementations locales sont, en général, en faveur de l'accessibilité et contre la discrimination, du moins en théorie. Quand ces deux principes ne sont pas respectés, la discrimination n'est, en fait, rien d'autre que la violation des droits civiques de l'étudiant. Ceux qui luttent pour les droits des étudiants ou pour les libertés civiques ont le choix d'intenter une action en justice contre l'établissement concerné (ou un service de l'Education Nationale) et de soutenir qu'il y a eu violation de la liberté de conscience, discrimination religieuse et atteinte au principe d'accessibilité, y compris l'accès à un enseignement et une formation éthiques et de qualité. Nombre d'affaires sont déjà passées en justice, en particulier aux Etats-Unis et en Allemagne. La plupart du temps, les décisions penchent en faveur de la protection des libertés civiques.
Incidence pratique
Impact sur l'environnement
L'utilisation de méthodes alternatives supprime la majorité des impacts négatifs sur l'environnement (habituellement associés aux cours de travaux pratiques) et permet une utilisation intelligente des ressources existantes. Son " empreinte écologique " est bien plus légère que celle de l'utilisation de méthodes préjudiciables pour les animaux. Chaque année, la capture, l'élevage, la mise à mort, la préservation et le transport de millions d'animaux ont un impact négatif considérable sur l'environnement : pollution, perturbation des écosystèmes locaux, menaces pour les espèces en voie de disparition, recours à l'énergie et diverses autres ressources pour le transport et l'hébergement ainsi que d'autres aspects sont autant d'éléments découlant de l'utilisation des animaux.
Le prélèvement d'animaux dans la nature a contribué au déclin de certaines espèces, telles que la grenouille-léopard et la grenouille-taureau aux Etats-Unis. La roussette est couramment utilisée dans l'enseignement secondaire alors que c'est une espèce menacée. Des tortues et autres animaux sont prélevés dans la nature, tués et utilisés pour l'enseignement. Soustraire des individus à un écosystème sain et durable peut le perturber, parfois même de façon permanente : les grenouilles, par exemple, jouent un rôle très important dans la stabilité d'un écosystème, car elles sont à la fois proies et prédateurs. Lorsque l'on utilise des grenouilles en provenance de pays tropicaux, la population d'insectes est susceptible d'augmenter et de provoquer un accroissement du risque d'épidémie de malaria pour l'homme.
Des produits chimiques toxiques tels que le formol sont souvent utilisés pour la préparation des millions d'animaux tués chaque année, notamment pour la dissection. Ces produits polluants ont un effet nocif sur l'environnement et des incidents de pollution dans des décharges sauvages ont été recensés.
La production et l'utilisation d'alternatives, ainsi que la majorité des activités de l'homme (mais pas toutes), ont un certain impact négatif sur l'environnement. Par exemple, la fabrication d'ordinateurs entraîne l'extraction et le raffinage du pétrole pour le transport et pour toutes les parties composées de plastique, ainsi que de minéraux très rares pour fabriquer les cartes mères. Cette extraction a des conséquences très significatives sur l'environnement local et mondial et a souvent, aussi, pour résultat la violation des droits des hommes habitant à proximité de ces ressources. On exerce toutefois de plus en plus de pression sur les entreprises et les gouvernements pour que cessent ces atteintes aux droits de l'homme et pour réduire l'impact négatif de l'extraction et de la production sur l'environnement. Le fait de constamment changer d'ordinateur pour en avoir un plus performant crée aussi d'immenses quantités de déchets, mais la réutilisation et le recyclage pourraient devenir une pratique courante si les personnes et les entreprises assumaient la responsabilité de leurs déchets.
La possibilité de réutiliser les produits alternatifs tels que logiciels informatiques, vidéos et modèles durant plusieurs années, signifie toutefois qu'il n'est pas nécessaire de les produire à nouveau, ce qui limite l'impact de ces méthodes alternatives à la production initiale. Les travaux cliniques réalisés sur des animaux qui sont des patients font appel aux ressources existantes, tout comme le travail sur des cadavres de source éthiquement acceptable qui seraient autrement incinérés, ce qui en soit est un processus polluant.
Avantages économiques
Des études, visant à comparer les coûts de la dissection avec le coût des méthodes alternatives et menées par la " Humane Society of the United States " (HSUS) et le " Physicians Committee for Responsible Medecine " (PCRM), ont démontré que l'écart financier était considérable et favorable à l'utilisation de méthodes alternatives. L'achat de logiciels, de vidéos et de modèles coûte, dans la plupart des cas, beaucoup moins cher que l'acquisition d'animaux pour toute une année de travaux pratiques et, comme ils sont généralement réutilisés au cours des années suivantes, ils représentent un budget nettement inférieur à celui qui est nécessaire pour acheter et héberger des animaux chaque année. Pour des travaux pratiques utilisant des chats, des fœtus de cochons et des grenouilles-taureaux, sur une période de 3 ans, la HSUS a conclu que les méthodes alternatives permettaient d'économiser entre 2.700 et 9.600 $ et offraient par ailleurs un choix plus étendu d'outils pour un enseignement plus efficace.
Si l'on voulait utiliser des livres dans lesquels seraient reproduites les centaines de photos disponibles sur certains CD-ROM, le prix serait prohibitif, surtout si l'on tient compte de l'augmentation du nombre d'étudiants dans les classes. De même, le coût pour équiper un laboratoire virtuel se limite au prix des logiciels, ce qui n'est pas le cas pour équiper un vrai laboratoire. Il est exact que les programmes de dons du corps entraînent des frais de stockage, de transport et de préservation, mais la ressource initiale, c'est-à-dire les cadavres, est gratuite. Lorsque l'on fait travailler les étudiants sur des animaux amenés en consultation, il s'agit de ressources existantes, même si le démarrage de ce genre de programme entraîne parfois des frais. Les alternatives informatiques demandent un investissement initial important, s'il n'y a pas ou peu d'équipement sur place, mais l'amortissement se fait sur la durée. De plus, avec l'augmentation du recyclage et des pratiques de réutilisation des ordinateurs dans le monde, il est possible d'acheter des ordinateurs à des prix très compétitifs. Au delà de l'aspect financier, les avantages pédagogiques et autres, inhérents aux méthodes alternatives, ressortent souvent immédiatement.
La mise au point d'alternatives telles que les logiciels multimédias peut contribuer à l'essor d'une nouvelle activité économique locale, en faisant appel aux ressources humaines et à l'expérience représentées par les professeurs et autres travailleurs spécialisés qui se trouvent dans l'enceinte même des établissements. Peu de ressources extérieures sont nécessaires, ce qui se traduit par une autonomie, non seulement pour l'établissement, mais pour le pays tout entier. Pour les pays où les compétences et ressources sont habituellement exportées, ce genre de localisation peut apporter des avantages économiques et sociaux certains et même générer un revenu en cas de vente des produits.
La capture et l'envoi d'animaux à partir des pays qui manquent de devises fortes, vers des pays qui n'ont pas ce problème (par exemple, la vente de grenouilles de l'Inde et de chats du Mexique aux Etats-Unis) ne font que perpétuer un système économique injuste où la vie et les ressources de ces pays sont considérées comme des marchandises et vendues à des prix qui ne reflètent en aucun cas leur valeur réelle. La plupart des ressources, y compris l'argent, ne se déplacent généralement que dans un sens, et le terrain de jeu économique n'est certainement pas égal pour tout le monde. Le fait de pouvoir répondre aux besoins localement, chaque fois que cela est possible, libère les pays exportateurs et les récipiendaires de cette relation économique injuste, en permettant une reprise économique locale de part et d'autre.
Conditions de travail
Pour les employés des sociétés qui fournissent le matériel biologique et pour les étudiants qui dissèquent des animaux tués et préservés, l'exposition au formol et à d'autres produits toxiques pose de réels problèmes de santé et de sécurité. Malgré les recommandations faites de porter des vêtements de protection, peu d'étudiants sont en fait protégés. Les étudiants ont de fortes chances de se souvenir davantage de l'odeur acre et forte que du cours d'anatomie qu'ils sont censés retenir.
Le fait de travailler dans un environnement où tuer les animaux devient la routine ne peut qu'endurcir et porter atteinte à l'esprit des employés. Tout comme cela se produit pour les personnes employées dans des élevages intensifs ou des établissements de transformation de viande, dans les sociétés de matériel biologique, ce sont le plus souvent des hommes et surtout des femmes venant de milieux défavorisés et faisant, très souvent, partie de minorités couramment exploitées et très mal payées qui font le " sale boulot ".
Inutile de dire que la production de méthodes alternatives est capable d'offrir des conditions de travail bien meilleures, quoique cette production ne soit pas totalement dénuée d'impacts et qu'elle puisse encore être améliorée.
Réputation personnelle des concepteurs et de leurs départements
Un grand nombre de concepteurs d'alternatives ont acquis par leurs réalisations une réputation très élogieuse, aussi bien pour eux-mêmes que pour leur département. De nombreux établissements se sont procurés des logiciels reconnus pour leurs qualités et certains ont même été récompensés par des prix pour la conception multimédia et l'innovation pédagogique. Certains étudiants choisissent un établissement pour son approche innovante en matière d'alternatives et de nombreuses publications universitaires sont parues sur les nouvelles méthodes alternatives et leur mise en œuvre. L'apprentissage des solutions alternatives et de leur potentiel commence à être reconnu et accrédité dans le cadre des cours de formation continue et, dans un nombre croissant de pays, la formation aux alternatives comprend, dans certains domaines choisis, un enseignement professionnel obligatoire.
Encore plus importante est la réputation que se font certains enseignants auprès des étudiants et de leurs collègues de travail, au sein de leur établissement, lorsqu'ils adoptent des méthodes pédagogiques innovantes et qu'ils trouvent une solution au conflit éthique. L'amélioration qui en résulte, au niveau des relations interpersonnelles et sur le plan de l'enseignement, est un avantage pour tous. La distribution gratuite de méthodes alternatives, telles que des CD-ROM, génère une bonne volonté réciproque et des opportunités de collaboration.
Par la mise en place de certaines méthodes alternatives, on peut créer des liens très positifs entre les milieux universitaires et le public. L'organisation d'un programme de dons du corps pour fournir des cadavres d'animaux, de sources éthiquement acceptables, en est un exemple. Les membres du public qui ont un animal de compagnie peuvent faire don du corps de leur animal pour les cours d'anatomie vétérinaire et de chirurgie, tout en étant conscients que non seulement ils contribuent à remplacer l'utilisation de méthodes préjudiciables pour les animaux, mais qu'ils participent d'une certaine façon à l'éducation éthique concrète de futurs vétérinaires. Les programmes de dons qui prennent en compte la sensibilité de ceux qui font le deuil de leur compagnon, qui donnent des informations claires et détaillées sur le besoin de cadavres et de tissus pour l'enseignement et qui peuvent prouver que ces dons seront utilisés de façon responsable sont la preuve, pour le public, que les vétérinaires sont attentifs aux animaux, à leurs maîtres et aux qualités professionnelles des futurs diplômés. De plus, ils peuvent aider à redonner confiance à un public devenu méfiant en raison du nombre d'animaux de compagnie qui, par le passé, étaient volés (et le sont encore, parfois, aujourd'hui) pour être utilisés dans l'enseignement et aussi du fait des prélèvements occasionnels d'organes ou tissus humains sans consentement éclairé.
La réputation des individus et des établissements peut sérieusement pâtir d'une publicité médiatique négative ou lorsque des affaires concernant les souffrances infligées aux animaux et la violation des droits civiques des étudiants sont portées devant les tribunaux. Aux Etats-Unis, certains établissements se sont trouvés, après la parution d'articles en première page de journaux ou suite à des décisions prononcées en faveur des étudiants, dans l'obligation de proposer des méthodes alternatives et de respecter le droit constitutionnel et moral de la liberté de conscience. Il est toujours préférable de résoudre ce genre de problèmes avant d'en arriver à ce stade, d'autant qu'il existe presque toujours des solutions permettant à tous de sortir gagnants.
Obligations juridiques
Du point de vue éthique, la nature coercitive de la loi laisse à penser que le changement doit venir de l'individu et de la collectivité plutôt que d'être imposé par un diktat. Le fait de prendre la responsabilité de promouvoir la transformation des programmes n'est pas seulement une expression de liberté académique, mais une affirmation démocratique. Jusqu'à ce que cette responsabilité soit véritablement assumée par tous ceux qui sont concernés, la loi demeure un outil indispensable pour limiter les dommages et la discrimination et pour aider à faire des méthodes alternatives la norme.
Au sein de l'Europe, la Convention européenne 123 déclare que les étudiants ne devraient pas utiliser d'animaux dans les cours universitaires de base. La directive européenne 86/609 prévoit que des méthodes alternatives doivent être utilisées lorsque cela est possible, quoique le texte de la directive exclut l'enseignement. De nombreuses lois nationales ont des dispositions assez similaires qui stipulent que les solutions alternatives doivent être utilisées lorsqu'elles existent et certains pays ont même voté des lois nationales/régionales interdisant l'utilisation d'animaux pour certains niveaux d'enseignement. Outre les lois et les conventions contre la discrimination, certaines lois et constitutions ont intégré le droit à l'objection de conscience et le droit à la liberté de religion et de conscience. De plus en plus d'établissements sont en train d'inclure, dans leurs règlements, le droit des étudiants à faire leur propre choix et mettent à la disposition des objecteurs de conscience des méthodes alternatives de qualité. D'autres ont tout simplement pris la décision de remplacer tout utilisation de méthodes préjudiciables pour les animaux par des méthodes alternatives.
Le Centre Européen pour la Validation de Méthodes Alternatives (ECVAM), institué par la Commission européenne, a aussi encouragé, lors d'ateliers organisés à l'intention de scientifiques et d'enseignants des pays de l'Europe centrale et de l'Est, l'adoption d'alternatives de remplacement pour l'enseignement des sciences de la vie. Pour accéder à l'Union européenne, il est nécessaire de connaître les méthodes alternatives et de respecter les différents textes de loi les concernant. Cependant, les pays déjà membres de l'Union européenne doivent absolument revoir et améliorer leurs propres méthodes scientifiques en adoptant des alternatives à tous les niveaux.
Néanmoins, il est urgent d'agir dans les domaines suivants :
· Il faut actualiser la législation afin qu'elle prenne en compte l'état de la science actuelle et l'évolution de l'éthique
· Il faut assurer la défense des animaux, des étudiants et d'une science de qualité plutôt que de faire perdurer les pratiques établies
· Il faut s'assurer de l'application correcte des lois
Des améliorations dans la collecte des statistiques, en incluant notamment le nombre d'animaux tués avant une procédure, permettraient de disposer des informations de base nécessaires pour pouvoir évaluer correctement le niveau d'utilisation de méthodes préjudiciables pour les animaux dans l'enseignement.
Notes et références
1. Gove, M. The motives of a murder addict. The Times, 20 juillet 2002.
2. Stuttaford, T. Psychopath with no guilt and no regret. The Times, 20 juillet 2002.
3. Voir par exemple : Keeping Girls and Women in the Sciences. Website de l'Ethical Science and Education Coalition (ESEC).
www.neavs.org/esec
4. Dr. Natubhai Shah. Communication personnelle. 10 mai 2002.
5. Dissection or Alternatives : A Cost Comparison. Humane Society of the United States (HSUS) (2002).
www.hsus.org/ace/15305
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